News
général
Portrait du mois - mars 2026
2026-03-31 10:10:59
Didier Burani est directeur de l’École Sainte-Trinité Cardinal Mercier 2 à Ixelles où il y coordonne également les séances de tutorat organisées en partenariat avec Schola ULB. Convaincu de l’importance d’ouvrir l’école sur son environnement, il voit dans ce partenariat une véritable opportunité de renforcer une dynamique collaborative au service des élèves. Il a accepté de nous partager son regard sur cette collaboration porteuse de sens et son impact concret au sein de son établissement. Voici son interview :
■ Pouvez-vous présenter votre fonction au sein de l’École Sainte-Trinité Cardinal Mercier 2 ?
Didier Burani : « Mon rôle de directeur dépasse la simple gestion administrative : j’accompagne les enseignants, je coordonne les projets éducatifs et je veille au bien-être global de nos élèves. J’accorde beaucoup d’importance à la cohérence pédagogique, au développement professionnel des équipes et à la mise en place de pratiques innovantes pour renforcer la réussite de chacun. Mon objectif est de faire de l’école un lieu où chaque enfant se sent attendu, encouragé et capable de progresser. »
■ Comment décririez-vous votre école à quelqu’un qui ne la connaît pas ?
Didier Burani : « Notre école est une structure à taille humaine située dans un quartier très diversifié culturellement et socialement. Ce contexte fait notre richesse, car il invite à l’ouverture, à la tolérance et à la créativité. Nous travaillons à développer un climat scolaire apaisé, fondé sur la bienveillance, l’exigence et la confiance mutuelle. Nous mettons un point d’honneur à construire des parcours d’apprentissage adaptés, à valoriser les talents individuels et à offrir des projets qui ouvrent nos élèves sur le monde. C’est une école en mouvement, qui s’adapte aux réalités contemporaines et qui place l’enfant au centre de toutes ses décisions. »
■ Quelles sont, selon vous, les réalités ou enjeux principaux auxquels vos élèves sont confrontés aujourd’hui dans leur parcours scolaire ?
Didier Burani : « Nos élèves évoluent dans une société où tout va très vite. Ils doivent apprendre à gérer une surcharge d’informations, à développer leur esprit critique et à trouver leur place dans un environnement parfois exigeant. Certains vivent également des difficultés socio-économiques qui peuvent avoir un impact sur leurs apprentissages, leur concentration ou leur confiance en eux. L’un des enjeux majeurs est de renforcer la maîtrise de la langue, écrite comme orale, car elle conditionne la réussite scolaire. Un autre enjeu est d’accompagner les élèves sur le plan émotionnel : apprendre à gérer le stress, les frustrations, la persévérance. Notre rôle est de leur offrir un cadre rassurant et structuré où ils peuvent construire des compétences solides et reprendre pleinement confiance en leurs capacités. »
■ Comment avez-vous découvert Schola ULB et son Programme Tutorat ? Depuis combien de temps les séances de tutorat sont-elles mises en place dans votre école ?
Didier Burani : « J’ai été contacté par Schola ULB et j’ai également découvert le Programme Tutorat à travers le réseau de directions et d’enseignants avec lesquels j’échange régulièrement. Plusieurs d’entre eux m’avaient parlé de l’impact positif du Programme Tutorat, tant sur les apprentissages que sur la motivation des élèves.
Nous avons mis en place les séances dans notre école depuis septembre 2018. Cela nous permet d’avoir un recul conséquent et de constater les évolutions positives, tant au niveau des résultats scolaires que de la posture des élèves face au travail. »
■ Dans quel contexte le tutorat a-t-il été mis en place au sein de votre établissement ? Quels types d’élèves bénéficient du tutorat et selon quels besoins ?
Didier Burani : « Le tutorat a été instauré à un moment où nous cherchions de nouvelles solutions pour accompagner plus finement certains élèves en difficulté, en particulier dans les apprentissages fondamentaux. L’idée était de proposer un espace privilégié, soutenant et individualisé, permettant à chaque enfant de progresser à son rythme.
Les élèves qui y participent sont souvent ceux qui ont besoin d’un coup de pouce supplémentaire : manque de méthode de travail, petites lacunes à consolider, baisse de confiance, difficulté à se concentrer dans une classe nombreuse. Le tutorat permet de cibler précisément leurs besoins et de leur offrir un accompagnement cohérent, en complément du travail mené en classe. »
■ Qu’observez-vous chez les élèves qui participent au tutorat, que ce soit dans leur rapport aux apprentissages et dans leur posture à l’école ? Si vous deviez décrire l’effet du Programme Tutorat sur ceux-ci, que diriez-vous ?
Didier Burani : « Nous constatons généralement une évolution très positive : les élèves deviennent plus attentifs, plus persévérants et progressivement plus autonomes. Ils prennent conscience de leurs capacités et commencent à visualiser leur propre progression.
Le Programme Tutorat a un effet de levier important : il redonne confiance, installe des habitudes de travail structurées et contribue à créer une relation plus apaisée avec l’école. Beaucoup d’élèves réalisent qu’ils peuvent réussir, et cette prise de conscience a un impact direct sur leur motivation et leur engagement. »
■ Comment percevez-vous le rôle des étudiants-tuteurs dans ce dispositif et qu’observez-vous concernant la relation qu’ils créent avec les élèves ?
Didier Burani : « Les étudiants‑tuteurs jouent un rôle déterminant : ils incarnent une figure inspirante, proche, rassurante et motivante. Leur statut particulier — ni professeur, ni élève — permet d’instaurer une relation très saine, basée sur la confiance et la bienveillance.
Ils apportent une dynamique nouvelle dans l’école. Leur regard extérieur, leur enthousiasme et leur capacité à adapter leurs explications font une réelle différence. Le lien qu’ils créent avec les élèves est souvent très fort : les enfants se sentent écoutés, encouragés et soutenus. »
■ Est-ce que vous auriez une anecdote à nous partager en lien avec les séances de tutorat ?
Didier Burani : « Une anecdote me revient souvent : un élève très discret, en difficulté depuis plusieurs années, terminait un cycle de tutorat. Un jour, il est venu me trouver pour me dire : « Maintenant, j’arrive à comprendre tout seul, et quand je comprends, j’aime bien apprendre. »
Ce moment m’a profondément touché. Il illustre l’essence même du tutorat : permettre à un enfant de retrouver le goût de l’effort et la fierté de réussir par lui-même. »
■ Dans quelle mesure les parents soutiennent-ils cette initiative et qu’en attendent-ils? Quels sont, selon vous, les points bénéfiques et les défis liés à la mise en place d’un tel projet dans une école primaire ?
Didier Burani : « Les parents soutiennent massivement l’initiative. Pour beaucoup d’entre eux, le tutorat représente une véritable bouffée d’oxygène. Ils voient que leur enfant bénéficie d’un accompagnement structuré et adapté, ce qui les rassure. Certains parents expriment qu’ils se sentent parfois démunis pour aider leurs enfants, notamment s’ils ne maîtrisent pas pleinement la langue ou les contenus scolaires. Le tutorat leur offre une garantie : leur enfant est suivi, encouragé et guidé dans un cadre professionnel et bienveillant.
Les bénéfices sont multiples : un soutien ciblé et efficace, une amélioration des résultats, une meilleure estime de soi chez les élèves, et un climat scolaire globalement renforcé. Le tutorat permet aussi de créer des passerelles entre l’école et le monde des études supérieures, ce qui est extrêmement enrichissant.
Les défis résident surtout dans l’organisation quotidienne : gestion des horaires, coordination avec les enseignants, communication avec les familles. Il est également essentiel de veiller à ce que le tutorat s’intègre pleinement dans la vision pédagogique de l’école, afin que tous les acteurs avancent dans la même direction. »
■ Plus largement, qu’est-ce que les associations apportent aux équipes enseignantes et éducatives dans le soutien aux élèves ?
Didier Burani : « Les associations comme Schola ULB sont de véritables partenaires. Elles apportent des ressources humaines, des approches complémentaires et des outils qui renforcent l’action de l’école. Leur présence contribue à une dynamique collaborative plus large, en ouvrant l’école sur son environnement extérieur.
Elles permettent aussi aux équipes de partager certaines responsabilités et de bénéficier d’un regard neuf. Dans un contexte scolaire en constante évolution, cette collaboration est précieuse : elle enrichit les pratiques et renforce la cohésion autour de l’élève. »
■ En vous projetant, comment voyez-vous évoluer la demande de ce type d’initiative dans les années à venir au sein du monde scolaire ? Comment voyez-vous cette initiative s’inscrire dans la réforme du tronc commun et dans le Pacte d’excellence ?
Didier Burani : « Je pense que la demande va croître de manière continue. Le tronc commun et le Pacte d’excellence insistent sur la différenciation, la prévention des difficultés et l’accompagnement personnalisé. Le tutorat s’inscrit parfaitement dans cette vision. Dans les années à venir, il pourrait devenir un élément central des dispositifs d’aide aux élèves, car il combine personnalisation, suivi régulier et relation humaine forte. À terme, je vois ce type de partenariat comme une composante structurelle du paysage scolaire, pleinement intégrée aux pratiques d’enseignement. »
■ Question insolite : Si vous pouviez échanger votre rôle le temps d’une journée avec un élève, qu’aimeriez-vous observer ou comprendre ?
Didier Burani : « J’aimerais retrouver, l’espace d’une journée, le regard émerveillé d’un enfant qui découvre le monde. Je voudrais comprendre ce qui, dans une journée d’école, suscite chez lui de la joie, de l’intérêt ou parfois des inquiétudes.
Ce serait une opportunité précieuse pour mieux saisir leurs besoins réels, leurs attentes et leurs motivations profondes. Cela permettrait de continuer à ajuster nos pratiques pour que l’école reste un lieu d’apprentissage stimulant, mais aussi un lieu où l’on se sent pleinement compris et accompagné. »
