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Portrait du mois - juillet 2026
2026-07-16 15:13:40
Raphaël Abou, tuteur alumni, est le fondateur d’Allyum, une société de conseil spécialisée dans les cessions, acquisitions et levées de fonds pour les PME. Tuteur dans les années 90, il considère aujourd’hui son engagement au sein du Programme Tutorat comme sa première véritable expérience de leadership. Dans cette interview, il revient sur ce que le tutorat lui a apporté, les compétences qu’il y a développées et la manière dont cette expérience continue, encore aujourd’hui, à résonner dans son parcours d’entrepreneur. Découvrez son témoignage.
■ Pour commencer, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
Raphaël ABOU : « Je m’appelle Raphaël Abou et je suis le fondateur d’Allyum, une société de conseil spécialisée dans les cessions, acquisitions et levées de fonds pour les PME. Concrètement, j’accompagne des entrepreneurs dans l’une des décisions les plus importantes de leur vie : transmettre ou développer leur entreprise. C’est un métier très humain, où la technique est indispensable, mais où la confiance l’est encore davantage. Ce que j’aime avant tout, c’est aider des dirigeants à écrire le prochain chapitre de leur histoire. »
■ Revenons quelques années en arrière. À quelle période avez-vous été tuteur chez Schola ULB ?
Raphaël ABOU : « J’ai été tuteur pendant mes études à Solvay Brussels School of Economics and Management, à l’ULB, où je suivais un cursus d’ingénieur de gestion. Chaque semaine, je me rendais à l’école Funck André, installée au Palais du Midi, pour accompagner des élèves en mathématiques et en sciences. À l’époque, je pensais simplement donner quelques heures de mon temps. Avec le recul, je réalise que cette expérience m’a probablement autant appris qu’elle ne leur a apporté. »
■ Comment avez-vous découvert Schola ULB ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir tuteur ?
Raphaël ABOU : « J’avais envie d’être utile. Quand on est étudiant, on cherche souvent une manière de s’engager sans forcément savoir où commencer. Être tuteur chez Schola ULB permettait de mettre immédiatement ses compétences au service d’autres jeunes. L’idée m’a paru très naturelle. Je me suis dit que j’avais eu la chance d’être soutenu pendant mon enfance et d’avoir pu emmagasiner beaucoup de connaissances. C’était logiquement à mon tour de transmettre. »
■ Avec le recul, qu’est-ce qui vous a le plus marqué de cette expérience de tutorat ?
Raphaël ABOU : « Très vite, j’ai compris que le tutorat ne consistait pas seulement à expliquer un exercice. On passe finalement autant de temps à redonner confiance qu’à faire des mathématiques. Certains élèves avaient surtout besoin que quelqu’un leur dise : « Tu es capable d’y arriver. » Cette dimension humaine m’a profondément marqué. »
■ Y a-t-il un souvenir ou une rencontre vécue pendant votre expérience de tutorat qui vous revient particulièrement en mémoire ? Pourquoi celui-là ?
Raphaël ABOU : « Je n’ai pas un souvenir précis, mais plutôt une succession de petits moments. Je me rappelle ces élèves qui arrivaient persuadés qu’ils étaient « nuls » dans une matière et qui, quelques semaines plus tard, levaient la main avec le sourire parce qu’ils avaient enfin compris. Ce sont des victoires qui paraissent modestes, mais qui peuvent complètement changer la confiance qu’un jeune a en lui. »
■ Quels apprentissages ou quelles compétences pensez-vous avoir développés grâce au tutorat et que vous mobilisez encore aujourd’hui dans votre activité professionnelle ?
Raphaël ABOU: « Le tutorat m’a appris quelque chose que j’utilise encore tous les jours : écouter avant d’expliquer. Chaque personne apprend différemment. Il faut comprendre où se situe le blocage avant de chercher à le résoudre. Aujourd’hui, lorsque j’accompagne des dirigeants d’entreprise, je fais exactement la même chose. Quelques années plus tard, j’ai également eu l’occasion d’enseigner la finance d’entreprise à l’université. Je me suis rendu compte que beaucoup de mes réflexes pédagogiques venaient directement de mon expérience avec Schola ULB : simplifier des notions complexes, reformuler, trouver une autre manière d’expliquer lorsqu’un étudiant décroche. Avec le recul, être tuteur Schola ULB a été ma première véritable école de la pédagogie. »
■ Si vous deviez aujourd’hui recruter un collaborateur ou une collaboratrice ayant été tuteur ou tutrice chez Schola ULB, quelles qualités imagineriez-vous retrouver chez cette personne ?
Raphaël ABOU : « Évidemment, j’y verrais quelqu’un de responsable, patient, capable d’écouter et de s’adapter. Mais je pense surtout que cette expérience développe quelque chose de plus profond : l’ouverture aux autres. Pendant mon tutorat, j’ai rencontré des jeunes qui avaient grandi dans des réalités très éloignées de la mienne. Certains maîtrisaient difficilement le français. D’autres vivaient dans des conditions familiales très compliquées. Cela m’a appris très tôt que tout le monde ne démarre pas la course au même endroit. Je crois que cette prise de conscience ne nous quitte plus. Elle permet de porter un regard beaucoup plus humble sur les parcours des autres, que ce soit dans la vie professionnelle ou personnelle. »
■ Qu’est-ce que le parcours Innovative Sharing d’Amandine Englebert vous a appris ?
Raphaël ABOU : « Il m’a rappelé qu’innover ne consiste pas uniquement à créer de nouvelles technologies. L’innovation peut aussi être sociale. Elle naît lorsque des entreprises, des associations et des citoyens décident de travailler ensemble plutôt que chacun dans leur coin. Je crois beaucoup à cette logique de coopération même si elle est parfois compliquée à mettre en place. »
■ Qu’avez-vous compris et retenu des besoins exprimés par les associations lors des ateliers organisés avec Better, Schola ULB et NoJavel dans le cadre d’Innovative Sharing le 12 février dernier ?
Raphaël ABOU : « Elles ont besoin de partenaires qui les soutiennent, qui les challengent parfois, mais surtout qui leur donnent les moyens d’agir. Beaucoup d’associations accomplissent aujourd’hui des missions que les pouvoirs publics ne font plus, ou ne peuvent plus assurer seuls. Le problème, c’est qu’elles vivent souvent dans une grande précarité financière. Comment recruter les meilleurs profils lorsqu’on ne sait pas si l’on pourra encore les payer dans un an ? Cette incertitude finit par fragiliser directement leur impact. »
■ En tant qu’entrepreneur, comment imaginez-vous pouvoir soutenir le tissu associatif ?
Raphaël ABOU : « Je me suis longtemps investi dans le monde associatif, notamment auprès de structures qui accompagnent les jeunes entrepreneurs. Aujourd’hui, chez Allyum, nous avons décidé d’aller plus loin en mettant en place un programme de soutien à plusieurs associations que nous avons sélectionnées. Nous y contribuons directement et nous proposons également à nos clients de rejoindre cette démarche. C’est notre manière de faire en sorte qu’une partie de la valeur que nous créons bénéficie à ceux qui créent de l’impact social. »
■ Avec votre regard d’entrepreneur, quel rôle les associations comme Schola ULB peuvent-elles jouer dans la société aujourd’hui ?
Raphaël ABOU : « Un rôle essentiel. On ne peut pas accepter que des jeunes quittent l’école sans diplôme ni perspectives d’avenir parce qu’ils n’ont pas reçu, au bon moment, le petit accompagnement qui aurait pu tout changer. Parfois, débloquer une seule matière suffit pour redonner confiance à un élève, lui permettre de poursuivre son parcours et éviter une orientation choisie par défaut. Quelques heures de tutorat peuvent parfois modifier toute une trajectoire de vie. »
■ Avec quelques années de recul, que représente aujourd’hui votre parcours de tuteur chez Schola ULB dans votre parcours personnel et professionnel ?
Raphaël ABOU : « Avec le recul, je crois que être tuteur pour Schola ULB a été ma première expérience de leadership. À l’époque, je ne dirigeais évidemment pas une entreprise. Mais j’apprenais déjà à écouter, comprendre les besoins d’une personne, trouver les bons mots pour la faire progresser et lui redonner confiance. Aujourd’hui, je dirige une société, j’accompagne des dirigeants dans des décisions majeures et je manage une équipe. Finalement, le métier a changé, mais le fil conducteur est resté le même. Je suis convaincu que c’est chez Schola que j’ai compris, pour la première fois, que transmettre est une forme de leadership. »
■ À partir du mois d’août, Schola ULB relancera sa campagne de recrutement de nouveaux étudiants-tuteurs, ouverte à tous les étudiants, qu’ils soient inscrits à l’ULB ou dans un autre établissement d’enseignement supérieur. Quel message souhaiteriez-vous adresser à celles et ceux qui hésiteraient à s’engager dans cette aventure ?
Raphaël ABOU : « Je leur dirais de ne pas regarder cette expérience uniquement comme une ligne sur un CV. Ils pensent qu’ils vont consacrer quelques heures à aider des élèves. En réalité, ils vont surtout apprendre énormément sur eux-mêmes. Ils développeront des compétences qui leur serviront toute leur vie, mais surtout ils découvriront une réalité qu’ils ne connaissent peut-être pas encore. Et ça, aucune salle de cours ne peut l’enseigner. »
■ Questions INSOLITE : Selon vous, quelle est la plus belle leçon qu’un jeune puisse apprendre en dehors des bancs de l’école ?
Raphaël ABOU : « Que personne ne réussit seul. Les connaissances sont importantes, mais elles ne suffisent pas. Ce sont les rencontres, l’écoute, la curiosité, la persévérance et la capacité à tendre la main aux autres qui construisent réellement un parcours. Au fond, c’est peut-être la plus belle leçon que m’a laissée Schola ULB. »
